Vu il y a quelques mois sur le trottoir devant la vitrine d'un fleuriste parisien.
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Vu il y a quelques mois sur le trottoir devant la vitrine d'un fleuriste parisien.
La crise financière, ça me fait bien rigoler. Je suis née avec la crise et le chômage de masse. La crise je vis avec depuis toujours. Alors je ne vois pas pourquoi la crise financière actuelle devrait plus m'impressionner que les précédentes. De toute façon, les gens de ma génération n'ont pas grand chose à perdre puisqu'on ne leur a pas laissé gagner grand chose.
Ma génération suit la génération sida. En France on parle parfois de génération club Dorothée, d'après le nom d'une émission de jeunesse qui diffusait des dessins animés japonais quand j'étais
enfant. En sociologie on parle de génération Y. Mais selon moi ce qui nous
caractérise le mieux est l'expression "génération précaire".
J'observe les gens de mon âge et pour beaucoup l'entrée dans la vie professionnelle a été et reste une galère. Après on a tous des situations différentes mais la précarité est notre point
commun.
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Les mystérieuses cités d'or, dessin animé culte de la génération club Do. Esteban et ses amis connaissent bien l'insécurité de la vie puisqu'ils passent leur temps à fuire les méchants qui veulent les attraper. |
Voici quelques situations de vie observées par moi chez des 25-35 ans français :
* Le contrat à durée indéterminée (CDI)
Ca existe quand même des gens qui ont un emploi stable. En général on les envie. Mais quand on y regarde de plus près le CDI ne suffit pas à faire le bonheur. Combien de gens ont un boulot qui ne
leur plait pas et qu'ils n'osent pas quitter de peur du chômage? Mais les CDI n'ont pas le droit de se plaindre : ils ont ce dont rêvent leurs amis plus précaires.
* Le contrat temporaire
Le contrat temporaire est en train de devenir la norme. Même si on travaille en continu, ce type de contrat c'est un point d'interrogation sur le futur. C'est difficile de faire des projets à
long terme comme faire un enfant ou acheter une maison quand on ne sait pas si on aura encore un travail dans un mois.
* Le boulot sous-qualifié
Faute de trouver un travail dans son domaine, on peut prendre un petit boulot temporairement. Et le temporaire devient progressivement du permanent. L'exemple le plus connu sur Internet est celui
d'Anna du blog les tribulations d'une caissière. Une titulaire d'un DEA de littérature française qui travaillait comme caissière. Elle est
loin d'être la seule mais les personnes qui font un boulot sous-qualifié restent en général discrètes sur leurs études. Parce que c'est usant d'entendre toujours les mêmes réflexions
d'incompréhension du type "Quoi! Tu as un bac+5 et tu fais ce boulot?!?!".
* Les stages
C'est la conseillère d'orientation de l'université qui m'avait donné cette idée : faire une inscription bidon à l'université dans n'importe quelle filière et faire des stages (non rémunérés) en
entreprise pour acquérir de l'expérience. Le problème c'est que certaines entreprises abusent des stages. Pour eux c'est une source inépuisable de main d'œuvre docile et pas chère. Je me suis
demandée pourquoi l'université cautionnait cette exploitation. Peut-être parce que les inscriptions bidon lui rapportent pas mal d'argent.
* Le travail à son compte
Se mettre à son compte ou créer une entreprise c'est accepter de vivre dans l'incertitude de l'avenir.
* Le chômage
Je connais peu de personnes qui ne sont pas passé par la case chômage, que ce soit sur une courte ou sur une longue durée. Pourtant on continue de traiter les chercheurs d'emploi de feignants et
de profiteurs. Est-ce que les gens qui retrouvent du travail deviennent soudain amnésiques sur leurs périodes de chômage?
* Vivoter
Ca veut dire vivre aux crochets de ses parents ou de son conjoint, se débrouiller avec le RMI ou faire des petits boulots au noir. Ca veut dire vivre au jour le jour et ne pas penser à l'avenir,
trop angoissant.
* Le parent au foyer
Faire un enfant peut nous éloigner pendant quelques mois voire quelques années d'un boulot décevant ou du statut de chômeur.
* L'exil
Ca c'est la voie que j'ai prise et je ne suis pas la seule. Mais ce n'est pas forcément la plus facile.
* La réorientation
On recommence ses études en choisissant un domaine où il y a du boulot et tant pis si ça ne nous intéresse pas plus que ça.
* Les concours
Dans le contexte actuel, la fonction publique attire avec le gros bénéfice qu'est la sécurité de l'emploi. Mais il n'y a pas de place pour tout le monde. Et ceux qui échouent doivent repartir à
zéro avec le handicap d'avoir perdu quelques années passées à préparer les concours.
J'ai été dans plusieurs de ces situations mais je n'ai jamais testé le CDI. Tout ce gaspillage de talents ça fait mal au cœur. Heureusement, j'ai appris qu'il n'y a pas que le travail dans la
vie. On peut exprimer ses talents de multiples façons et notre identité ne se résume pas à ce qu'on fait comme travail.
A force j'ai intégré la flexibilité comme mode de vie : je ne fais pas de projets à long terme, je n'achète pas de meubles mais stocke des affaires dans des cartons ("ça sera plus pratique pour
le prochain déménagement") et quand je planifie ma semaine j'ai toujours un plan B voire un plan C ( par exemple, si le plan A est : je suis acceptée pour un contrat d'intérim qui commence lundi,
le plan B peut être : le contrat d'intérim commence mercredi et le plan C : je n'ai pas le contrat ). La précarité a des inconvénients mais quand même un avantage : elle procure une certaine
liberté puisque, privés de chaînes, on peut changer de vie du jour au lendemain.
Pour en savoir plus :
La précarité dans la recherche par Pandore du blog Kalai elpides
Les nouvelles générations devant la panne prolongée de l'ascenseur social (pdf), article de Louis Chauvel
photos tirées du site http://www.lescitesdor.com
Et j'ai du mal à trouver quelques instants pour alimenter mon blog. Je reprends mon journal à mon dernier déménagement. Encore un nouvel appartement, qui a l'air de ne pas avoir les défauts des précédents.
| On est dans un quartier de maisons en briques rouges. A certains endroits, on se croirait dans le nord de la France comme face à cette maison où on retrouve un détail typique des maisons du Nord : les briques disposées en arc de cercles au dessus des portes et des fenêtres. |
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A d'autres endroits, la brique se marie à l'architecture des maisons montréalaises avec leurs balcons et leurs escaliers extérieurs. |
jour j+47 : Début de la série d'ateliers auxquels je me suis inscrite : anglais, CV, lettre de présentation (= lettre de motivation),
préparation à l'entrevue (= l'entretien) etc.
jour j+48 : J'arrive à prendre le bus sans avoir besoin de demander au chauffeur de m'indiquer mon arrêt
jour j+52 : Je rentre ma valise qui a passé une semaine dehors à 0°C, histoire de congeler tous les oeufs de punaises qui auraient pu s'y trouver.
jour j+53 : Achat de bottes d'hiver. Avec elles j'ai une démarche de canard et mes pieds ressemblent à des pattes d'ours mais je les achète quand même car ce sont les plus chaudes du magasin.
jour j+57 : Je vais me faire rembourser mes bottes de neige car elles sont tellement rigides que je n'arrive pas à marcher avec.
jour j+58 : Achat de mitaines (= moufles) qui tiennent plus chaud que les gants
jour j+63 : Je découvre avec étonnement un système de vente pyramidale couplé à magasin de produits naturels. Si vous ne connaissez pas la vente pyramidale ou vente en réseau, c'est
un système où on paie pour devenir membre d'une organisation et en contrepartie on reçoit un pourcentage du montant de ses achats et des achats des personnes qu'on fait rentrer dans le réseau.
Donc le but est de parrainer le maximum de personnes en leur disant qu'elles peuvent gagner beaucoup d'argent. Le hic c'est qu'à moins d'embrigader un grand nombre de personnes, on est rarement
gagnant financièrement parlant.
jour j+64, 17h : J'ai trouvé des chaussures d'hiver avec lesquelles j'arrive à marcher. Ce sont des chaussures de randonnée montantes qui sont imperméables et isolées.
jour j+64, 19h : Visite de l'exposition "Actions : comment s’approprier la ville" présentée par le Centre Canadien
d'Architecture à Montréal.
jour j+68 : Après avoir déposé mon CV dans plusieurs magasins, je reçois un coup de fil pour travailler comme caissière à temps partiel.
jour j+69 : Il a neigé sur plusieurs centimètres et cette fois la neige a l'air de tenir. Mes chaussures s'enfoncent dans la poudreuse en faisant "scrouitch scrouitch" à chaque pas.
jour j+70 : Début de la formation pour apprendre à utiliser la caisse. A la fin de la journée tous les boutons se mélangent dans ma tête.
jour j+71 , 11h : La gérante du magasin m'appelle pour m'expliquer que la personne que je devais remplacer est revenue. Me voilà donc licenciée après une demi-journée de formation. C'est un
premier contact avec la flexibilité nord-américaine. Je suis bonne pour reprendre ma distribution de CV dans les magasins. Le point positif c'est que je pourrai répondre "oui" à la prochaine
personne qui me demandera si j'ai une expérience de la caisse.
jour j+71 , 14h : Devant moi, une jeune fille coquettement habillée traverse la rue en courant et s'étale de tout son long au milieu de la boue marron formée par le passage des voiture sur la
neige. J'en tire la leçon qu'il vaut mieux éviter de courir sur la neige.
jour j+72 : Aujourd'hui j'ai indiqué leur chemin dans la ville à deux québécois égarés.
jour j+73 : Balade dans le parc du mont Royal par -14°C. J'ai enlevé mes mitaines pour prendre une photo de la forêt dans la lumière de la fin de journée (je l'ai vite regretté en sentant la
morsure du froid sur mes doigts!).
ACTIONS
ACTIONS
ACTIONS
ACTIONS
Voilà ce qu'on peut lire en lettres capitales sur le mur à l'entrée de l'exposition "Actions : comment s’approprier la ville" présentée par le Centre Canadien d'Architecture à Montréal.
Le ton est donné. On ne verra pas ici des projets utopiques dessinés par des architectes à l'imagination débordante. Tous les projets présentés ont déjà une existence sur le terrain. Ce sont des
initiatives de personnes lambda qui ont voulu faire bouger les choses à leur niveau et se réapproprier les lieux où ils vivent. C'est un bel exemple face aux discours défaitistes du type "on ne
peut rien faire". Ca nous rappelle qu'on ne peut pas simplement attendre et espérer que les politiques changent notre environnement. Mais surtout ça nous apprend qu'il existe des moyens de rendre
sa ville plus agréable à vivre.
Le lien entre la ville et ses habitants est une problématique très intéressante. En général on subit son environnement sans avoir d'influence dessus. Les villes organisent des consultations
publiques avant de lancer des travaux mais peu de gens sont au courant de ces consultations, très peu de gens ont le temps d'y participer et ceux qui participent et donnent leur avis ont souvent
l'impression de ne pas être écoutés.
Les villes évoluent donc sans que les habitants aient leur mot à dire. Et on se rend compte après coup qu'on a construit des banlieues-guettos qui concentrent la pauvreté, des quartiers de
bureaux qui deviennent déserts à la fin de l'après-midi et des voies rapides qui créent des barrières dans des villes.
Comment remettre un peu d'humanité dans la ville? D'abord en se rappelant que l'espace public appartient à tous et donc qu'il nous appartient. L'exposition montre ainsi des initiatives locales
qui visent à reprendre possession de l'espace public. J'ai été épatée par ces idées simples mais auxquelles personnes n'avait pensé avant.
Pour en savoir plus :
Présentation de l'exposition sur le site du musée
J'ai noté les initiatives qui m'ont le plus plu. Si vous comptez aller voir cette exposition (que je vous recommande vivement), je vous
conseille de ne pas lire la suite histoire de garder la surprise. Si vous n'avez pas la chance de venir à Montréal avant le 19 avril 2009, voici quelques projets qui offrent des solutions aux
problèmes urbains :
* Freecycle (cycle gratuit), que je connaissait déjà, permet de publier une annonce sur internet pour donner les objets dont on ne veut plus. Car ce qu'on
s'apprête à jeter pourrait être utile à quelqu'un d'autre. Il existe un groupe Freecycle à Paris et un à Montréal entre autres.
* Le groupe new-yorkais Green guerillas (les Guerilleros verts) fabrique des "bombes de semences". Ces petites boules, mélanges d'argile, de compost
et de graine permettent de transformer en espace vert n'importe quel coin de béton.
* A Toronto, Urban Repair Squad (l'escouade de réparation urbaine) réalise des pochoirs avec le dessin d'un vélo à peindre sur le sol. Cela
permet de créer sa propre piste cyclable là où il en manque.
photo Sean Connors (c) creative commons
* Rebar tapisse de gazon des places de stationnement à San Francisco. Ce projet appelé PARK(ing) permet de réaliser l'espace énorme que
prend la voiture dans la ville. On se prend à imaginer ce que ça donnerait si toutes les places de parking étaient transformées en jardins.
photo Stewf (c) creative commons
* A l'université McGill de Montréal, le projet "Edible Campus" (campus comestible) a consisté à planter un potager dans des bacs.
Cela a permis de reverdir un coin bétonné du campus et les récoltes sont offertes à un organisme qui livre des repas aux personnes âgées.
* L'architecte sévillan Santiago Cirugeda a écrit un livre appelé Recetas Urbanas (recettes urbaines) qui donne des stratégies
d'occupation urbaine. Une de ses idées est d'occuper pendant un temps limité les terrains abandonnés qui sont en attente d'un projet ou d'un permis de construire. Sur ces terrains il installe des
bancs et des jeux pour enfants à base de mobilier urbain recyclé.
Vous pouvez voir les autres actions sur le site dédié à l'exposition. Il est possible à chacun de soumettre une action urbaine sur le site pour qu'elle soit
elle aussi exposée.
jour j+31 : Dégustation des fromages d'importation qu'on a trouvé dans une fromagerie du marché Atwater, un autre marché de Montréal.
De gauche à droite, un pont l'évêque, un camembert (au lait cru) et un morceau de fourme d'Ambert.
Le camembert était en promotion et nous a coûté 7 $ soit 4,6 €. Je crois qu'il me coûtait dans les 3,8$ (2,5€) à Paris.
jour j+33 : J'essaie de faire un CV québécois en suivant les recommandations d'une conseillère en emploi. Alors qu'en France il est d'usage d'indiquer son âge, sa nationalité, son statut marital
et parfois d'ajouter sa photo, ici ces informations sont proscrites dans le CV pour éviter la discrimination.
jour j+35 : Déménagement vers un autre meublé loué pour un mois. L'appartement est moins cher que le précédent mais il a beaucoup vécu et est assez mal insonorisé. On pense chercher mieux pour le
mois suivant.
Mon nouveau quartier :
jour j+36 : Rendez-vous avec une conseillère en emploi d'Immigration Québec. Cet entretien est un revival des années noires passées à fréquenter l'ANPE : La conseillère qui lit mon CV en poussant
de gros soupirs puis réfléchit à qui elle pourrait m'adresser pour se débarrasser de moi. Pas de chance pour elle, j'ai déjà contacté l'organisme dont elle me parle. Finalement, plutôt que
d'avouer son incapacité à m'aider, elle passe une demi-heure à chercher sur son ordinateur les codes des professions apparentées à mon profil.
jour j+37 : Arrivés pour rendre les clés de notre ancien logement, on se rend compte que le propriétaire nous a posé un lapin. On
arrive à l'avoir au téléphone et il nous demande de partir en laissant les clés sur la table et qu'il nous rendra plus tard notre caution, il verra ça une fois qu'il aura reçu la prochaine
facture de téléphone de l'appartement. Après d'âpres négociations, l'Homme réussit à reprendre un rendez-vous le jour même pour faire l'état des lieux et on finit par récupérer notre caution.
jour j+37 : Le nouvel appartement est envahi par des araignées. Je me réveille au milieu de la nuit persuadée d'avoir vu (dans le noir et sans mes lunettes) une araignée géante descendre du
plafond.
jour j+41 : Depuis qu'on a déménagé, j'ai des boutons sur les bras, les jambes et la nuque qui me démangent. Après avoir pensé à l'attaque d'une division d'insectes assoiffés de sang, je me
demande si ce n'est pas une allergie ou une manifestation de stress. Ou serait-ce possible que chercher du travail me donne littéralement des boutons?
jour j+43 , 8h : J'écrase deux insectes non identifiés sur le mur de la chambre. Ca fait deux taches couleur sang. J'ai trouvé les responsables de mes boutons. Après une recherche sur internet,
j'en déduis qu'il s'agit de punaises de lit. Je suis complètement dégoûtée.
jour j+43 , 10h : Rendez-vous avec une conseillère en emploi d'un organisme
qui vient en aide aux immigrants. La personne est beaucoup plus sympa que celle que j'ai vu la dernière fois et m'inscrit à différents ateliers.
jour j+43 , 17h : La propriétaire vient asperger partout du produit insecticide et avoue que ça fait deux ans qu'elle lutte contre ces insectes.
jour j+43 , 23h : On va au lit tout habillés et on laisse la lumière allumée. La nuit va être longue.
jour j+44 : L'Homme contacte un propriétaire qu'on avait vu la semaine dernière. Il est d'accord pour qu'on emménage
tout de suite. On passe la journée à déménager nos affaires. Tous nos vêtements vont faire un séjour au séchoir ou au
congélateur histoire de s'assurer qu'on n'a pas ramené d'œufs avec nous. En faisant le tri, je m'aperçois que ces sales bestioles, non contentes de me saigner et m'injecter un produit urticant,
ont poussé le vice jusqu'à déféquer sur mon pyjama. Je suis un peu traumatisée mais le principal c'est qu'on soit sorti de là et c'est un vrai soulagement.
ajout de 2009 : Si vous comptez venir à Montréal,
sachez que la ville subit une invasion de punaises. Lisez ces conseils de
prévention (c'est un document pdf). Vous pouvez aussi vérifier si votre futur logement est répertorié sur http://bedbugregistry.com (le site est en
anglais, entrez l'adresse sans utiliser d'accents).
De jour en jour, des tentes en plastique apparaissent pour protéger les accès aux garages des pavillons. Un premier signe que l'hiver approche?
jours j+19 à j+22 à Montréal : session d'information sur les réalités socio-économiques du Québec. J'en rapporte un gros tas de documentation
jour j+24 : achat d'un manteau pour moi. J'ai pris un modèle appelé "arctic", un des plus chauds du magasin. J'imagine qu'une vraie québécoise trouverait ce manteau trop épais mais pour moi qui
assume ma frilosité je pense que ce sera parfait. Beaucoup de manteaux ont des bordures en fourrure. Pas par coquetterie mais parce que ça tient chaud. Le mien a une bordure en fourrure
synthétique. Le duvet du manteau contient des plumes d'oie, du coup j'ai un peu l'impression d'être enroulée dans ma couette.
jour j+27 : C'est reparti pour la recherche de logement car la fin de la location mensuelle approche et là où on est, c'est pas trop ça.
jour j+28 , 23h : Il neige!
jour j+29 : La neige n'a pas tenu (heureusement pour mes chaussures qui prennent l'eau).
C'est le jour de collecte des matières recyclables.
A Paris, je mettais mes déchets recyclables (emballages plastiques, papier, carton, petit électroménager) en vrac dans un bac à couvercle jaune. La collecte avait lieu deux fois par semaine. Je
jetais le verre dans une benne au coin de ma rue.
Dans le quartier de Montréal où je suis, la collecte a lieu une fois par semaine (c'est suffisant car les habitants ont de la place pour stocker leurs déchets). Si j'ai bien compris, on jette
dans un bac vert les déchets fibreux (papier, carton) et les contenants en plastique, métal, multicouches (type tétra pak) et verre.
bacs de recyclage montréalais
jour j+30, 14h : On reçoit nos cartes de résidents permanents avec dessus un petit hologramme en forme de feuille d'érable. Elles vont nous servir de cartes d'identité. Maintenant on peut sortir
du Canada et y revenir ensuite sans être bloqués à la douane.
jour j+30, 19h : Achat d'une paire de leggings à porter sous mes pantalons pour être au chaud. Enfin quand je dis leggings
j'aurais pu aussi parler de caleçon long mais c'est sûr ça fait moins glamour.
jour j+30, 23h : Un petit bilan après un mois à Montréal? Je dirais que je suis moins paumée que les premiers jours mais pas encore vraiment opérationnelle.
Je reprends mon journal avec une photo du quartier où je loge.
Comme la photo le laisse deviner, c'est très calme. Je parlerais de banlieue dortoir si on n'était pas dans Montréal même.
jour j+14 à Montréal , 14h : Inscription à la bibliothèque municipale.
jour j+14 , 15h : On reçoit enfin le virement de France. Jusque là on utilisait la carte bleue française et la banque prenait des
frais non négligeables. Maintenant qu'on a de l'argent sur le compte canadien, on peut tester la carte de débit canadienne. Elle fonctionne avec une bande magnétique, ne permet pas de découvert
et on choisit son code. D'autre part à chaque fois qu'on paie un commerçant ou qu'on retire de l'argent, la banque canadienne prélève des frais. Il faut donc faire attention au nombre
d'opérations que l'on fait sinon ça devient onéreux à la longue.
jour j+14 , 16h : Courses au supermarché. C'est toujours compliqué de faire les courses parce qu'on ne veut pas manger n'importe
quoi et beaucoup de produits sont différents. Il y a des choses que je ne trouve pas : du fromage râpé qui ait du goût, des lardons, de la farce à tomates... On passe beaucoup de temps à lire les
étiquettes et moi je manque d'idées de menus.
jour j+15 , 11h : rendez-vous téléphonique avec la banque française. Peu habituée à avoir des clients résidant à l'étranger, elle
demande une pléthore de justificatifs, dont certains impossibles à obtenir.
jour j+15 , 12h : je goûte pleine d'espoir un bout de brie canadien. Hélas, il a l'odeur et le goût d'un fromage aseptisé type Caprice des Dieux.
jour j+16 , 12h : J'ai pris l'habitude de cuisiner avec un balance et d'utiliser des recettes où les proportions sont données en grammes. Ca permet d'être plus précis. Dans mon logement actuel,
il n'y a pas de balance mais un verre doseur gradué en "cups" ou "tasses". Une tasse canadienne (différente de la tasse américaine) mesure 22,7 cl. Dans les recettes québécoises les proportions
sont souvent données en tasses. Voici donc la mesure d'une tasse de riz destinée à nourrir deux personnes :
jour j+16 , 16h : achat d'un manteau d'hiver pour l'homme
jour j+17 : Visite du marché Jean Talon. Le plus grand marché de Montréal est un marché comme ceux qu'on voit en Europe. Il y a des vendeurs de fruits et légumes mais aussi des producteurs
locaux. Les stands remplissent une place qui est entourée de magasins alimentaires dont une fromagerie et un magasin à moitié bio.
jour j+18 : Balade au parc Jean Drapeau. On peut y voir le circuit de formule 1 qui sert de route et aussi de piste cyclable.
jours j+19 : Essai de spaghettis parsemés de copeaux de cheddar. C'est un bon ersatz de gruyère râpé. Il faut juste choisir le cheddar le plus fort et le plus vieux qu'ils aient en
magasin.
jour j+9 à Montréal : On fait les magasins pour me trouver des chaussons. Il y a beaucoup de magasins, certains connus, comme H&M, Zara,
Esprit ou Mango, et beaucoup d'autres que je ne connais pas. Je ne trouve pas beaucoup de chaussons qui me plaisent, mais je ne vais peut-être pas dans les bons endroits. J'ai même vu des crocs
fourrés. Je finis par acheter des grosses pantoufles fourrées, pas très glamour mais chaudes et confortables.
jour j+10 , 12h : Première tentative culinaire avec ce qu'on a trouvé en faisant les courses. L'Homme fait une quiche lorraine avec de la crème sure (pour remplacer la crème fraîche), du bacon
(pour remplacer les lardons), du fromage canadien (pour remplacer le comté) et dans un plat à gratin ovale. Le résultat est délicieux, ça nous rassure un peu sur notre survie alimentaire.
jour j+10 , 14h : visite du musée des Beaux Arts. La collection est riche d'œuvres de
toutes les époques et de toutes les origines. Je découvre avec plaisir des oeuvres que je ne connaissais pas d'artistes que j'aime bien. Les sections dédiées aux arts décoratifs et à l'art
canadien sont particulièrement intéressantes.
Marc-Aurèle Fortin, Saint-Siméon
jour j+10 , 18h : En faisant un tour dans la ville on est tombé par hasard sur un magasin bio. En fait on ne peut pas vraiment parler
de magasin bio car là aussi il y a un mélange de produits biologiques et de produits dits "naturels". On y vend par exemple des savons liquides de la marque "le petit marseillais" ou des
infusions "la tisanière" qui ne sont pas bio et sont vendus en grande surface en France. Le magasin s'appelle Rachelle Béry et se définit comme une
"épicerie santé". C'est un peu loin pour y faire mes courses régulièrement mais on a profité d'être là pour faire le plein de savon et de shampoing dans le rayon cosmétiques qui est bien
fourni.
jour j+11 , 14h : En sortant du métro, on tombe sur une démonstration d'une station bixi. Le bixi est l'équivalent local du vélib parisien et sera disponible au printemps 2009. Il y aura un
abonnement à la journée ou à l'année et les 30 premières minutes seront gratuites.
A Paris le vélib est financé par l'entreprise Decaux en échange de l'exploitation des panneaux publicitaires. A Montréal le vélo en libre-service sera financé par l'argent des parcmètres. Ce sont
donc les automobilistes responsables de la pollution urbaine qui paieront pour le développement du vélo et ainsi la réduction de la pollution.
jour j+11 , 15h : Ascension du mont Royal. Le parc du Mont Royal, poumon vert de Montréal, surplombe la ville. Les arbres aux feuilles vertes, jaunes, orange et rouges forment un superbe tableau
automnal.
jour j+11 , 17h : Quelques réflexions modesques. Je trouve que les montréalaises s'habillent plutôt confortables. Elles arpentent les rues interminables en talons plats. Elles aiment bien les
bottes et osent les couleurs, à la différence des parisiennes plutôt adeptes en ce moment du noir et du gris.
jour j+5 à Montréal , 8h : L'Homme a attrapé mon rhume.
jour j+5 , 18h : Après 3 nouvelles visites sous un beau soleil, on opte pour un appartement meublé loué au mois. Le prix est cher mais il est grand, propre et près d'une station de métro.
jour j+6 , 12h : On emménage dans l'appartement. Ca fait du bien de s'étaler un peu. On est dans un quartier résidentiel qui a l'air très calme.
jour j+6 , 16h : Visite au supermarché local. Il y a un rayon de produits biologiques comparable en taille à celui d'un supermarché français. Par contre
les produits ont tous des logos différents. Il ne semble pas y avoir un logo national comme le logo français AB ou le logo européen. Les produits bio sont mélangés dans le rayon avec des produits
dits naturels qui ne portent aucun label.
Il y a aussi un choix important de produits pour les végétariens.
Les montants sont indiqués sans les taxes donc c'est difficile de se rendre compte du vrai prix des produits.
jour j+7 , 10h : Maintenant qu'on a une adresse, on peut attaquer les formalités administratives. On va faire une demande de numéro NAS, un numéro identifiant qui sert pour les démarches
administratives et pour les employeurs. Ce numéro n'a pas d'équivalent en France.
jour j+7 , 11h : On commence le tour des banques.
Une fois sur deux, on nous demande de présenter, en plus du passeport, la carte de résident permanent qu'on ne recevra pas avant un mois. On utilise pas mal d'énergie à convaincre les conseillers
que notre papier de confirmation de résidence est équivalent à la carte de résident permanent et permet selon la loi d'ouvrir un compte.
jour j+7 , 18h : Au supermarché on nous fait une réduction de 5 cents car on a amené nos sacs de courses et qu'on ne prend pas de sacs de caisse. C'est une bonne idée à mon avis mais je n'ai pas
fait attention si les autres clients prenaient ou non des sacs plastiques.
jour j+7 , 21h : On a acheté des canneberges. Crues ces baies rouges sont acides et peu sucrées mais une fois préparées façon confiture par l'Homme, c'est délicieux.
jour j+8 : Inscription à l'assurance maladie. Fidèle à moi-même j'ai oublié un papier et on est bons pour revenir.
jour j+9 : Ouverture d'un compte en banque et demande de virement à notre banque française.
Maintenant qu'on en a fini avec la paperasse, on va pouvoir profiter de la ville et du beau temps.